pnpp remedes de grand mere phytotherapie

phytothérapieLes PNPP : derrière cet acronyme désignant les Préparations Naturelles Peu Préoccupantes se cache ni plus ni moins ce que l’on appelle familièrement «  les remèdes de grand-mère » ou pour être plus technique la phytothérapie des cultures…

Les préparations à base de plantes ont durant des décennies été dénigrées, considérées comme des solutions obsolètes et non efficaces par l’industrie chimique et institutions officielles.

Or, depuis quelques années, elles ont connu un regain d’intérêt tant auprès des producteurs et du grand public que des scientifiques et sont aujourd’hui portées comme l’une des réponses pertinentes pour réduire les quantités de pesticides.

D’où la mise en  place :

  • D’un certain nombre d’expérimentations par l’ITAB, l’INRA et autres…
  • D’une réglementation française définissant leurs conditions d’emplois en concordance avec la législation européenne.

Il faut bien comprendre qu’avec les PNPP, nous ne sommes qu’au commencent de là re-découvertes d’un savoir ancestral , mais également de solutions nouvelles que seuls les derniers progrès scientifiques permettent de mettre à jour.

Tout ce qu’il faut savoir avant de passer à la pratique :

Préalablement, l’aspect juridique des PNPP, sans jugement de valeur, est important à comprendre car il ne « colle » pas forcément aux pratiques prônées d’une façon usuelle, induisant :

Que certaines préparations non autorisées peuvent avoir des effets secondaires indésirables

Et que normalement une récolte produite avec des intrants non autorisés doit être détruite

Le savon noir que vous utilisez sur les tomates de votre potager, ne peut pas être légalement utilisé sur une culture…

Origines juridiques des PNPP :

La définition légale des PNPP est née dans les années 2000, d’une évidente contradiction initiale entre :origines pnpp

  La nécessaire réglementation définissant la sécurité alimentaire, dont l’emploi de produits sur les cultures. (Les PNPP étant à l’époque « soumis au niveau communautaire, aux mêmes conditions d’utilisation et de mise sur le marché que les produits chimiques de synthèse).

  Et l’évidente non toxicité de certaines préparations traditionnelles à base de produits naturels , mais qui, n’étant pas autorisées, étaient d’état de fait interdites.

Le lien ci-dessous illustre parfaitement cette période :

https://www.leprogres.fr/loire/2011/05/15/le-purin-d-ortie-naturel-efficace-mais-interdit

sanctions préparations non autorisés

La France va définir leur cadre juridique en plusieurs étapes, mais la date à retenir est le 30 décembre 2006 : loi sur l’eau et les milieux aquatiques. Son article 36 introduit dans le code rural que les dispositions générales (AMM : Autorisation de Mise en Marché) concernant les produits phytopharmaceutiques ne s’appliquent pas aux PNPP .

Au niveau européen, les PNPP n’ont pas d’existence juridique, mais la réglementation spécifique nationale s’est établie en concordance avec la législation généraliste de l’UE.

Pour plus de détails sur l’aspect jurique 

En fin de compte c’est quoi un PNPP ?

eudémisC’est potentiellement plus de 800 substances naturelles connues que vous rencontrez dans votre proche environnement tel que prêle, talc,  quassia, hydroxyde de calcium, chitosan, sucre, vinaigre, saule, armoise, tanaisie, absinthe,  rhubarbe, ail, orties … sous forme de poudre ou diluées.

Les PNPP sont classés en deux catégories :

1/ Préparations naturelles à usage de pesticide, dont les substances de base :

  • n’ont pas d’effets nocifs immédiats ou différés sur la santé humaine et animale, ni d’effets inacceptables sur l’environnement (utilisables en Europe après avoir été approuvées par le règlement CE n°1107/2009).
  • Dont la spécificité principale n’est pas phytopharmaceutique, mais ayant des propriétés secondaires utiles pour la protection des végétaux

Les PNPP à usages de pesticides sont-ils bio ? Même si la définition légale des PNPP provient essentiellement d’une demande de la filière AB, la réponse au moins pour les substances de bases est clairement non, comme l’indique le tableau ci-dessous colonne UAB (Utilisation Agriculture Biologique) au regard de la réglementation spécifique à la certification.

PNPP base pesticide

2/ Substances naturelles à usage de biostimulant :

  • d’origine végétale, animale ou minérale, à l’exclusion des micro-organismes, et n’ayant pas génétiquement modifiée
  • obtenue par un procédé accessible à tout utilisateur final, c’est-à-dire non traitée ou traitée uniquement par des moyens manuels, mécaniques ou gravitationnels, par dissolution dans l’eau, par flottation, par extraction par l’eau, par distillation à la vapeur ou par chauffage uniquement pour éliminer l’eau. (voir plus bas)
  • Sans effet nocif sur la santé humaine, sur la santé animale et sur l’environnement (évaluation par l’ANSES)
  • est autorisée par son inscription sur la liste annexée à l’arrêté du 27 avril 2016 du ministre chargé de l’agriculture

Tous les PNPP classés en substances naturelles à usage biostimulant sont utilisables en agriculture biologique.

PNPP préparation

État des lieux aujourd’hui :

  • À ce jour , seulement 200 plantes ou parties de plantes médicinales sont autorisées en tant que substances naturelles à usage biostimulant, malgré que l’ASPRO ait déposé la demande d’évaluation de près de 800 plantes et éléments naturels au ministère de l’agriculture et à l’ANSES, sans résultat pour l’instant (mai 2017) !!!
  • En Allemagne, au Royaume-Uni, aux Pays- Bas, en Autriche et en Espagne, ces pays recensent les préparations naturelles sur des listes spécifiques qui ne nécessitent pas l’inscription des substances de base sur la liste européenne.

En conséquence, de nombreuses PNPP non homologuées en France sont aujourd’hui commercialisées dans ces pays.

Force est de constater que les mises œuvres françaises sur le sujet sont à minima subissant une certaine inertie (ou mauvaise volonté administrative ( ?))…

Intérêts des PNPP :

1 / Bidégradable à 100% : Contrairement aux molécules chimiques, elles ne laissent aucun résidu, puisque d’origine naturelle

2 / Absence totale de résidus : Susceptible de remettre en cause la notion de sécurité alimentaire

3 / Pas de  phénomènes de résistance : Par le mode action non susceptible de provoquer une mutation du pathogène.

4 / Accessibles à tous : Par une mise en œuvre peu onéreuse et accessible techniquement même aux non-professionnels

La réelle efficacité de ces préparations ?

Si l’efficacité des préparations est acquise de longue date, il faut bien comprendre qu’elle puisse être variable selon le contexte qui intègre de nombreux paramètres : vigueur du végétal, climatologie, sol et autres…

Elle dépend également du soin apporté à la qualité de la matière première, de la mise en oeuvre de la préparation, le délai d’emploi de celle-ci, les conditions de conservations mais également d’application…

Au risque de « casser » une certaine idéologie du zéro phyto… La vocation des PNPP à l’heure actuelle n’est pas de supprimer l’emploi des pesticides, mais d’en réduire significativement leurs quantités par un effet complémentaire ou de synergie…

D’où l’importance des expérimentations menées actuellement pour mieux maîtriser leur efficacité d’une façon optimale.

Sur quels mécanismes du végétal joue les PNPP ?

 L’effet répulsif sur les parasites ou fertilisants des préparations ne nécessite pas véritablement d’explication… Il en va tout autrement sur la notion de Stimulateur des Défenses Naturelles (SDN)

Le règne végétal a élaboré une coévolution avec le règne animal des systèmes de défense qui permettent de lutter contre les champignons, bactéries, insectes et autres…

Le végétal a une première barrière de défense mécanique épines, cuticules, parois cellulaires… , mais également une deuxième ligne de défenses chimiques, mais « énergivore».

Le végétal, en « bon père de famille » économe va donc selon les conditions environnementales favoriser sa croissance, sa fructification ou ses systèmes de défenses.

Le problème est que le végétal va activer ses défenses naturelles non pas par anticipation, mais consécutivement à l’agression d’un pathogène, ce qui induit obligatoirement une altération du végétal et/ou de la récolte.

mécanisme naturel de défense des plantes

L’action des biostimulants est donc d’envoyer par anticipation le bon signal au végétal pour qu’il active ses différents systèmes de défenses.

Il en résulte selon les plantes que différentes molécules seront produites :

  • Stimulation de voies métaboliques secondaires : Production d’antibiotiques et autres petites molécules = phytoalexines qui combattent les agresseurs
  • Renforcement des parois cellulaires
  • Production de protéines de défense : Ces protéines permettent de renforcer l’activité microbienne (antifongique et antibactérienne) et accroissent la résistance des parois cellulaires aux enzymes microbiennes

Ce que l’on ne dit pas :

biostimulantsCertaines maladies, conséquences de l’activité humaine, sont récentes (moins de 200 ans) tel le mildiou ou l’oïdium. Les végétaux indigènes concernés n’ont pas pu développer une réponse immunitaire et ont un système de défense limité ou inexistant…

D’où l’intérêt de nouvelles variétés résistantes (voir cépages PIWI dans le blog), pour que la protection phytosanitaire devienne une nécessité obsolète. Encore une fois au-delà des idéologies dogmatiques, les réalités de terrain prévalent et nécessitent des réponses techniques pertinentes qui obligatoirement sont des compromis entre ce que l’on souhaite et ce que l’on peut…

Passons à la pratique :

Le matériel à prévoir :

Pour la cueillette :

  • Un paniers
  • Un sécateur (ou autre)

Pour la préparation :

  • Eau de pluie (sans chlore)
  • Une balance
  • Un grand récipient non ferreux à chapeau flottant (la taille joue sur l’inertie thermique)
  • Un tamis de filtration
  • Un thermomètre
  • Un pH mètre
  • Redox-mètre (à partir de 25 €)

matériel préparation pnpp

Stockage :

  • Bidons opaques
  • Huile essentielle (HE) de romarin ou de sauge officinale (conservateurs)

Stocker les plantes cueillies, pour un emploi ultérieur :

  • L’important est que les plantes gardent leur odeur et leur couleur (une oxydation signifie la perte d’éléments)
  • Le séchage au soleil anéantit beaucoup de principes actifs de la plante : préférer un local abrité du soleil et bien aéré.
  • Différents modes de séchage peuvent être mis en place suivant la partie récoltée de la plante:
    • Les feuilles sont suspendues en bouquets renversés
    • Les sommités fleuries (fleurs et feuilles) sont cueillies en tout début de floraison et suspendues en bouquets renversés
    • Les fleurs peuvent être mises dans des grands paniers
    • Les racines sont lavées et coupées en petites rondelles avant d’être séchées sur claies
  • Remarque : l’ortie peut être mise à sécher sur une bâche au soleil en retournant régulièrement pendant 30 min

sechage pnpp

Protéger votre cueillette de l’oxydation :

Dès que les plantes sont fragmentées, le milieu est rapidement oxydé. Or ce qui est recherché, c’est plutôt une préparation réduite. Donc mieux vaut éviter de trop fragmenter le végétal

(Excepté pour les organes durs utilisés en décoction telles que les racines)

Les différents modes de préparation :

Purins ou Extraits Fermentés:

Ces extraits résultent de la mise en fermentation de végétaux dans de l’eau de façon contrôlée et spontanée.

  • Remplir le Récipient au ¾ de plantes (1 Kg pour 10 L en plantes fraîches & 100 à 200 g pour 10 L de plantes sèches), non tassées & recouvrir d’eau,
  • Favoriser le système couvercle flottant, afin de partir rapidement vers un milieu acide – réduit). Une fermentation doit avoir lieu.
  • Contrôler la fermentation par un simple brassage. Si de l’écume apparaît , remettre le couvercle flottant sur le liquide,
  • Après 5 à 30 Jours (suivant la plante et la température), lorsque le liquide est devenu foncé et qu’il ne mousse plus, on peut filtrer et utiliser.
  • Le Stockage peut ce réaliser dans des bidons en plastique, remplis et bien fermés, dans un endroit frais (surtout T° stable) et à l’abri de la lumière. De préférence à utiliser dans les 2 mois après ouverture d’un bidon ou reconditionner dans un bidon plus petit. En général évitez de conserver un produit au delà de 6 mois à 1 an.
  • Possibilité d’y ajouter un « conservateur naturel ». Pour 5 L de préparation : 2.5 ml d’Huile Essentielle de sauge ou de romarin, 2.5 ml d’Huile Végétale Bio, colza ou tournesol, 1% du vol de tensio actif (ex : Solubol produit du commerce bio, à défaut savon noir)

Remarque importante : Lorsque la fermentation est terminée, le processus de putréfaction entre en jeu. Il ne faut pas dépasser ce stade, l’extrait risque de s’altérer et ne pas donner les résultats escomptés

Infusion ou Tisane :

Son utilisation contrarie le développement des maladies et ravageurs.

  • Recouvrir d’eau froide des plantes entières. Compter environ 1 kg de plantes fraîches ou 250 g de plantes sèches pour 10 l d’eau.
  • Couvrir d’un couvercle (pour conserver les composées les plus volatiles). Porter à ébullition en respectant la température préconisée plus bas
  • Laisser refroidir sans enlever le couvercle,
  • Filtrez et stocker dans un récipient opaque
  • Utiliser le plus rapidement possible, on ne conserve pas une infusion plus d’un jour
  • Il est possible « d’embouteiller » à chaud (80°C) les infusions ou tisanes, ce qui permet de les conserver pendant la saison (intéressant surtout si vous faites un volume important de préparation pour réutilisation dans la saison)
    80°C Plantes riches en acides Achillée mille feuille, ortie, reine des prés, prêle, sureau, valériane
   90°C Plantes riches en métabolites secondaires Le reste des plantes

 Décoction :

Essentiellement pour les organes végétaux durs (ex : racines). Renforce les plantes, contrarie le développement des maladies et ravageurs

  • Broyer les Plantes, laissez Macérer 24 h dans l’eau, à l’abri de l’air avec un couvercle
  • Environ 1 kg de plantes fraîches pour 10 l d’eau,
  • Porter ce mélange à ébullition, si possible avec un couvercle (les principes actifs volatils s’échappent avec la vapeur). Laissez Bouillir à petits « Bouillions » 30 min.
  • Laissez refroidir avec le couvercle,
  • A utiliser dans les heures qui suivent la préparation, conservation maximale au frigo 3 jours. (pour une conservation « longue durée » prévoir une pasteurisation)

Macération ou Extrait à froid :

Propriétés exclusivement stimulantes

  • 1 kg de plantes fraîches ou 250 g de plantes sèches pour 10 l d’eau.
  • Broyer très finement les plantes,
  • Les laissez macérer 24 h dans l’eau,
  • Filtrer& utiliser
  • Pas de stockage, sinon évolution vers extraits fermentés.

Traitement et doses à appliquer :

On raisonne en concentration, plutôt qu’en dose Ha. Le dosage usuel (sauf spécification particulière) est de 10 L de préparation dans 100 L d’eau. Les traitements « bas volumes » sont donc à privilégier, contrairement aux fongicides classiques.

Dans l’idéal, la préparation devrait être appliquée seule. Dans la pratique elle souvent associée à d’autres traitements, pour des raisons pratiques de faisabilité.

Les choses à prendre en compte :

Préférer l’eau de pluie à l’eau de ville, le chlore, le calcaire mais aussi des nitrates ou autres… réduisent (significativement) l’efficacité des traitements à base de plante.

Le pH de la bouillie doit se situer entre 5.5 et 6.5

Si pH<5 : Ajouter des cendres de bois.

– Si pH>7 : Ajouter du vinaigre d’alcool (1/4 l dans 30 l d’eau pour diminuer le pH d’1 unité).

Un potentiel redox négatif compris entre 30 et 250 mV et également souhaitable, bénéfique au feuillage en le rendant moins propice au développement des pathogènes.

  • « Lorsqu’il y a attaque d’un ravageur sur une plante, on constate une suroxydation et un survoltage au niveau des feuilles qui peut être mesuré par un redox-mètre. »

Quelques mots sur la biodynamie :

Précision : même si les PNPP sont souvent utilisés par la biodynamie, cela n’induit nullement qu’ils soient les seuls… pas plus que le choix technique de l’utilisation de ces préparations n’induit une adhésion tacite à cette philosophie.

  • dynamiser l’eau de la préparation (ceci diminue le potentiel redox et réduit la préparation) durant 20 mn
  • Si les préparations sont associées à du Cuivre et/ou du Soufre, il n’est pas nécessaire de dynamiser les préparations.

Exemple de programme PNPP pour la vigne :

Par M. Eric MAILLE, Technicien Viticole AgroBioPérigord

Tableau synthétique par problématique rencontrée :

Fiche technique PNPP des principales plantes :

Sources :

http://ecophytopic.fr/tr/r%C3%A9glementation/mise-sur-le-march%C3%A9-des-produits/mise-sur-le-march%C3%A9-des-pr%C3%A9parations-naturelles-peu

http://www.itab.asso.fr//activites/pnpp.php

http://draaf.paca.agriculture.gouv.fr/Les-preparations-naturelles-peu

site ASPRO

MAILLE Éric, Technicien Viticole AgroBioPérigord – « Préparations à Base de Plantes en Viticulture Biologique » – Avril 2012

CIVAM AGROBIO 47 – « Guide Technique Des Préparations à base de plantes » – Décembre 2011

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